Avec un taux de bancarisation de seulement 34% en Afrique subsaharienne en 2014, il pourrait paraitre difficile de prime abord d’associer la notion « d’innovation bancaire » au continent africain. Pourtant, l’Afrique est un acteur majeur dans le monde bancaire et joue un rôle moteur de l’innovation.

Quels sont les moteurs de l’innovation bancaire sur le continent Africain ?

Une combinaison de plusieurs facteurs explique l’effervescence de l’innovation bancaire sur le continent Africain.

Une croissance accrue : si la plupart des pays africains demeurent en voie de développement, la croissance du continent n’en reste pas moins importante. En effet, la croissance des pays africains est estimée par le FMI à plus de 4% pour 2015, devançant toutes les autres régions en développement, hormis la Chine.

La digitalisation est l’un des facteurs clef de cette croissance. En effet, l’Afrique n’échappe pas à l’influence du développement des nouvelles technologies, bien au contraire. Une étude réalisée par McKinsey en 2013, sur le potentiel de la digitalisation du continent africain à horizon 2025, a estimé la contribution de l’Internet au PIB africain à 300 milliards de dollars dont 75 milliards  réalisés chaque année par le commerce en ligne. Par ailleurs, 300 milliards de gains de productivité devaient être accomplis dans certains secteurs clés.

Un cadre légale favorable : de plus en plus de pays et d’acteurs africains renforcent leur politique économique dans le secteur du numérique afin de profiter des opportunités légales et économiques dont jouissent les pays développés. Ainsi,  le Maroc a lancé son plan « Maroc numérique 2013 » puis « Maroc numérique 2020 » ; le Sénégal suit également cette tendance avec son plan Sénégal émergent et sa déclinaison sectorielle sur le numérique en 2020. Des initiatives multiples sont mises en œuvre pour mettre en place des cadre légaux favorables au digital (convention de l’Union africaine et de la Cedeao sur la cybersécurité, initiatives de l’Uemoa visant l’harmonisation des cadres légaux, etc.).

L’innovation naît en Afrique du paradoxe entre l’absence de tradition bancaire (faible bancarisation) et la combinaison de ces différents facteurs. Alexandre Maymat – directeur délégué du pôle Banque et services financiers internationaux à la Société générale – explique: “Sur le marché des particuliers, l’Afrique est en train de trouver sa propre logique. Reproduire un modèle existant ne suffit donc pas, il faut inventer“.

L’Afrique : un continent mobile

mobilemoneyLa spécificité de l’innovation bancaire sur le  continent africain est tout particulièrement bien illustrée par le développement des services sur mobile ou « mobile banking ». L’Afrique subsaharienne est  un chef de file mondial dans le domaine des comptes d’argent mobile : 2 % des adultes sont titulaires d’un compte d’argent mobile dans le monde, alors qu’ils sont 12 % en Afrique subsaharienne.

Au Kenya, plus de 75% des adultes utilisent l’application M-Pesa pour régler leurs factures courantes (électricité, taxi, etc.). M-Pesa est l’exemple type du développement du mobile banking. L’application s’est très fortement développée ces dernières années dans de nombreux pays: Tanzanie, Afrique du Sud mais aussi en Afghanistan, en Inde et même en Europe avec la Roumanie. C’est l’application n°1 de Mobile Banking au monde : un simple SMS et un téléphone low-cost suffisent pour réaliser les opérations ; c’est ce qui fait en grande partie le succès de cette société (M-Pesa a été lancé par Safaricom – filiale de Vodafone).

Le développement du nombre de smartphones laisse présager de l’arrivée de nouvelles innovations : aujourd’hui l’Afrique compte 100 millions de terminaux intelligents, en 2017 les prévisions sont de 350 millions (arrivée des terminaux low-cost). Ce développement rapide des terminaux intelligents permettra de nouveaux accès avec des pistes via les réseaux sociaux.

Focus sur le « crowdfunding » africain : des débuts balbutiants mais des initiatives prometteuses

Le « crowdfunding » financement participatif, est un phénomène récent avec les premières plateformes africaines lancées en 2013-2014. Cette initiative est encore naissante en Afrique, cependant la mutualisation des ressources fait partie de la culture africaine et facilite ce type de financement : en effet, les envois traditionnels d’argent par les 30 millions de personnes de la  diaspora africaine  se fait depuis des dizaines d’années, que ce soit pour aider les familles ou financer des projets locaux. Leurs envois de fonds vers l’Afrique ont atteint 67 milliards de dollars en 2014, en hausse de plus de 250 % sur les dix dernières années.

CooperateLe crowdfunding reste balbutiant et ne touche pour l’instant qu’une faible cible. La raison principale étant le faible développement des plateformes (passage par les plateformes étrangères en raison  des garanties de sécurité, faible bancarisation…).

Ces limites n’ont pourtant pas empêché le développement des plateformes de financement participatif. Le succès du crowdfunding est plus marqué dans les pays nord-africains, région émergente : Smalaandco en est un exemple probant. Créée en juin 2014, cette plateforme profite de l’existence d’une communauté marocaine très active à l’étranger. Sa plateforme finance des projets en dirhams (payables par chèque) afin que les Marocains puissent participer aux campagnes. Elle a déjà plus de 10 000 euros collectés.

Une innovation continue, qui ne semble pas prête à ralentir

D’autres innovations sont à attendre : ainsi Orange Money prévoit de lancer une offre de souscription au crédit en temps réel, 100% mobile, basée sur les données du client possédées par l’opérateur.

« L’argent serait  immédiatement disponible sur le compte Orange Money de l’emprunteur. Le temps réel est un enjeu essentiel : nous avons habitué nos clients à l’immédiateté pour les transferts d’argent, sans les délais de virement que nous connaissons en France. Si l’on devait demander à nos clients africains de se rendre dans un point de vente ou d’attendre plusieurs jours avant une réponse, nous ne serions pas en ligne avec leurs attentes» explique Alban Luherne, directeur d’Orange Money.

Là où certaines banques européennes peinent à se démarquer  les unes des autres sur le continent, ces initiatives connaissent un vrai succès en Afrique. L’innovation bancaire y répond aux usages de la population africaine et se colle au plus près de leurs attentes, d’où son succès.